Lorsque j’étais adolescent, il y a bien longtemps, j’allais à la découverte des poètes.
C’était une sorte de soif irrésistible, un but intime, une attirance magnétique…
J’explorais les libraires (c’était une époque où il y en avait encore et où on vous laissait lire…) et les bibliothèques (c’était une époque où elles se développaient, il existait même des camions qui circulaient jusqu’au plus petit village et vous apportaient le livre).
J’allais à ces textes comme un enfant l’été plonge de bonheur à la rivière. C’était tout un espace lumineux qui s’ouvrait, une nouvelle dimension où le poète parvenait à éveiller en moi-même des sensations dont j’ignorais jusqu’à la possibilité.
La poésie apparaissait telle un sens nouveau.
J’y trouvais ce fil émancipateur et libérateur qui va de l’enfance à l’homme, nomme les questions les plus secrètes et ose un espace nouveau de liberté…
C’était aussi l’époque où j’écoutais alternativement Anne Sylvestre (dans son répertoire pour adultes) et Jacques Bertin…
J’ai retrouvé quelques uns des textes que je fréquentais à l’époque et que j’avais mis en musique maladroitement… ce sont quelques courtes chansons que je laisse à votre curiosité.
N’ayant pas les droits sur les textes, si un éditeur ou un ayant droit souhaite le retrait de ces interprétations, merci de le faire savoir via la page « contacts ».
Il y avait « J’ai vu le menuisier » de Guillevic. La simplicité et l’équilibre parfait du poète artisan :

J’aimais aussi beaucoup Pierre Emmanuel, poète béarnais né en 1916 et surtout « Le vent »

Un grand nombre d’instituteurs furent poètes. Jean Malrieu avait aussi cette simplicité que j’aimais par dessus tout :

J’aime toujours son « qui est pauvre ? je suis riche d’une chemise déchirée  »

ou encore cette page délicieusement mystique
« Il fait si doux ce soir que notre chair est lâche
Et que nous sommes immortels »

Mais je crois aussi n’avoir jamais aimé autant que les vers de cet autre instituteur, chanté souvent par Michèle Bernard et dont la mélancolie me transpercera toujours.
« J’ai toujours habité » fait partie de ces textes où je me retrouvais si bien…

Tahar Ben Jelloun, philosophe et poète, marocain engagé, instillait pour moi cette première dimension de la révolte, ce sentiment de l’injustice…
« je ne suis pas soldat
je ne suis pas guerrier
je suis arbre foudroyé
par des nuits déchues « 

Il y eut aussi la poésie de Marc Alyn qui disait « les questions sont pour l’homme, les ciseaux pour les roses ».
S’ils savaient tous combien je leur dois…