Tout dort dans la maison

Tout dort dans la maison, sauf le chat, le soleil et les mouches,
Mon rituel de thé, le gâteau citron, qui s’effarouche ?
Les enfants dorment, un cheval hennit dans le vaste pré sous la montagne,
Le chien au jardin frôle la rosée, ma pensée l’accompagne

Je songe à cet ami, des siècles ont passé, je n’ai plus de nouvelles,
Peut-être est-il mort, ou dort – il encore dans les bras d’une belle ?
Je regarde mon enfance qui court dans la vallée, au tombeau de ma mère,
Au torrent qui m’attend, claquant dans les rochers sa route dans les pierres

Je pense à ce roman, là, que je n’ai pas su lire
J’imagine l’histoire que je n’ai pu écrire
Les papiers sont rangés, dans l’armoire fermée
Le chat est mon greffier et veille sur ce passé

Je songe à cette marche, à la longue escalade, à cette cordée
Je n’ai pas de refuge, pas de chaussures aux pieds, je suis mon prisonnier
Tout ce peuple dort encore, le village est-il mort et les voisins muets
Suis-je devenu sourd, je n’entends dans la cour, pas un arbre trembler ?
Je regarde cette fille qui était si jolie, a-t-elle su le rester ?

Moi j’étais écolier, à l’école de l’ennui, j’étais très appliqué
Je tiens mon demi-siècle, mon front s’est dépeuplé, j’ai si peu de mémoire
Quelque chose à vibré dans la chambre fermée où tu es dans le noir
J’aurais cette promesse, sur ta parole offerte, ta première caresse
J’irais à ton baiser, la petite fontaine, matin réconcilié

Tu t’es levé si tôt, me diras tu avec dedans ta voix un soupçon de reproche
Tu crains que le matin, je ne me sauve enfin, comme le ferait un mioche
J’oublierai mes pensées, les mouches et le passé, les livres et mon enfance
Sera glissée discrète sous la mousse secrète de ton oreiller

Je ferai ma chanson, j’irai à mon ouvrage et je resterai sage
Nous irons au marché, nous lirons le journal, tu tourneras les pages
Je songe à la journée, je nous verse du thé, et j’y lis les présages…

Vincent Breton

 

l’été

J’ai toujours craint l’été.
Nouvelle version de la chanson imaginée en août 2017 et qui donne certainement une vision moins convenue qu’on ne l’attendrait de cette saison….

J’ai toujours craint l’été, la saison impudique
L’enfance écartelée entre ces deux familles
Les copains qui partaient vers des rives exotiques
Mon ennui qui chantait ses stances névrotiques
Et déjà mon regard se détournait des filles

Été
Morne saison caniculaire
Où les adultes dormaient
Dans des grasses matinées
Des siestes tentaculaires

Seul le matin m’offrait un peu de ma grand-mère
Au jardin le jet d’eau tombait brume légère
Alors je bavardais, sûrement à l’étourdir
Comme font les moineaux juste avant de s’enfuir

Mais dès leur réveil, les adultes faits d’halitose
Dans leurs tenues obscènes, trop de vert, trop de roses
Trainaient dans la maison toute leur vacuité
Depuis les vieux fauteuils jusqu’au grand canapé

photo de Vincent Breton

Été
Les tablées détestables
Où il fallait attendre
Dans l’ambiance surchauffée
Des plats gras et sucrés

Et puis ces promenades toujours interminables
Pour aller admirer de pieux panoramas
Et l’on allait se perdre encor bien lamentables
Devant des paysages qui ne nous parlaient pas

Il fallait se sauver dans une chambre et les livres
Eux seuls savaient donner quelques raisons de vivre
Les romans qui chantaient lorsque j’étais à l’ombre
Et que je me cachais craignant toujours le nombre

Ah ! comme j’ai détesté ces saisons de rupture
Comme j’aurais voulu un parfum d’aventure
Et qu’un amoureux vif m’entraîne à la rivière
Pour y nager limpides et nus dans la lumière

Et je déteste si vieux la saison imbécile
Où il faut se réjouir, surtout rester futile
Ces gens qui s’agglutinent, touristes de l’ennui
Incapables d’oser demain changer de vie

Et qui retourneront bien dociles en septembre
À leur quotidien morne de dociles scolopendres
Qui ne veulent rien comprendre

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Une chanson par jour présente une sélection de chansons en général françaises avec répertoire d’auteurs

Le moulin vert (textes écrits entre 2008 et 2011) dont certains ont été mis en musique

Rue des pommiers (textes écrits entre 211 et 2015 dont plusieurs ont été mis en musique)

Poésiemômes (quelques textes pour enfants dont certains ont été mis en musique)

Explogramme (explorations – sérendipité – assertivité)

je suis travailleur agricole !

Je suis travailleur agricole
Herboriste de la parole
Spécialiste du monde horticole
Je cultive des paraboles
Des métaphores et des symboles
Mon jardin n’est guère aligné
Se garde des engrais chimiques
Mes verbes cèdent aux mauvaises herbes
Mes adjectifs parfois paniquent
Lorsque l’été vient tout sécher
Il y pousse des plantes étranges
Au gré du vent qui tout mélange
Rien ici n’est très rectiligne
Aucune fleur sauvage n’est indigne
Aucune pousse ne dérange
Les amoureux dans le gazon
Y perdent souvent la raison
Le cerisier en amitié
Leur fait aux lèvres ce goût fruité
Et pousse douce la passion
Le soir on y bavarde tard
Sous les branches du chêne tendre
On y entend le chant bizarre
D’oiseaux rares qui viennent s’éprendre
Jamais n’y pleure la guitare
Je suis travailleur des jardins
Les ronces dessinent sur mes mains
La terre parfois salit les doigts
Le résultat est incertain
On ne sait ce qui poussera
C’est un jardin loin du Monde
Où l’on oublie les guerres immondes
Animaux, plantes et les humains
Signent la paix avec leurs mains
En ce jardin la terre est ronde
Et si je suis cultivateur
Sans orgueil, ni faux, ni tracteur
A ma tête aucune auréole
Voici mes mots et ma parole
Chacun ici devient chanteur
Pourvu qu’il y mette son cœur !

 

Vincent Breton (2016)

écouter

Surtout !

Incendie de joie lavant l’hiver
Soleil dresse son étendard par-dessus la vallée
Claque sur l’herbe verte sa rieuse fierté
Et dit : je suis printemps, je suis l’été !

Aux hanches de la colline une vapeur frissonne
De la maison docile lève la brume passagère
Tout s’assèche en sillons dans le chemin boueux,
S’apprête le bourdon, grésille sa chanson,
Sous la pierre endormie la vipère reste un peu
Silencieuse la tarentule monte ses œufs
Un enfant rit debout dans les jacinthes,
La violette déploie ses ailes
Le chien jappe sur le chemin
Après la pie, après l’abeille
La rhubarbe élargit ses feuilles,
L’absinthe jaillit de son rhizome
Partout en couleurs ça bourgeonne
La femme parle à l’homme
Debout, elle est si grande
L’homme a les yeux lavande
Pour la première fois, inventaire, il faudra
Descendre les volets, garder l’eau fraîche surtout !
Mettre à sécher sur l’herbe le drap immaculé
Et retourner la terre, tu casseras les mottes
Partout !
Droit, l’homme la regarde, il sourit dans ses ordres
Tout cela au matin, lorsque les enfants dorment
Et serrer les boulons et repeindre la porte
Vérifier la gouttière, relever la lumière
Assurer la clôture, sceller la pierre au mur
J’irai chercher les œufs je ferai un gâteau
Donne-moi un baiser, où donc est le râteau ?
Ta sœur a des chatons, il m’en faut un très doux
Et nous le dresserons, à jouer au chien surtout !
L’homme ne demande pas à sa belle si elle l’aime,
Il pense à ses mains douces qui volent dans le ciel
Elle est un peu moins jeune mais de plus en plus belle
Ça chante dans son cœur, un dimanche en semaine

C’est l’année neuve, lumière dans la nouvelle année !
Tout se décide ici juste entre avril et mai
Ce qui reste de neige va descendre au torrent
La truite frétille au Buëch, le pécheur va la prendre

Puis la rendre peut être dans un geste d’amour
Soleil fait une fenêtre à l’espoir au retour,
Énergie droite et douce, promesse d’une joie
Avril en moi fait ses labours
Et rit ! et chante, et rit !
Pourquoi serais-je triste ?

 

Vincent Breton 14/04/2013

les serrures mortes

Les poules philosophent sous l’auvent,
le renard fuit vers son gîte,
l’eau clapote au bassin et nous accostons aux rives matinales,
bonjour!

Une chapelle dans la plaine lance son appel,
un train couvert d’écume traverse la mer et s’approche,
les oiseaux dansent dans le soleil salé
Tintinnabule ma cuillère dans la tasse de café

Car j’ai grandi, je bois mon café très amer
Debout, appuyé sur mon lourd établi de fer
Des machines électriques transpercent des pièces
Qui rejoindront d’étranges serrures à des portes ouvertes sur le vide

Ici le métal est salé, les poules y claquent leur bec
L’enfant s’approche et s’effraie de l’étincelle surgie

L’océan mange le sable de la falaise sèche de ma tendresse
Sur la plage gisent des étoiles tombées du ciel cette nuit
Un goéland neurasthénique cherche une rime improbable
Et son réveil est douloureux, un rocher luit

Des paroles se font écho dans la maison aux volets blancs
Une femme porte un bébé qui sourit et ouvre ses bras
L’adolescent s’enfuit sur son vélo rouillé
L’ennui de l’été encercle chaque pierre sourde

La torpeur est douce et interminable
Longue sera l’inutile journée inusable

Vincent Breton 24/07/14

la maison

Maintenant tu es la seule Maison.
Tu ne m’appartiens pas, de quel droit m’appartiendrais-tu ?
Je te serai mieux fidèle puisque nous nous sommes choisis dans cette bonne alliance libre.
J’ai divorcé de Paris, non pas sans scrupules, non pas sans nostalgie, mais j’ai déroulé le ruban de l’autoroute avec résolution.
Il y avait dans les immenses boutiques à essence, des familles désespérantes avec des enfants trépidants qui hurlaient et réclamaient dans des « encore » assourdissants.
Arrivé à Lorient, la douche du ciel est venue laver la voiture et mes yeux. L’auto a trouvé seule son chemin, broutant l’herbe, méthodique.
Tu étais un peu froide et humide Maison, m’accueillant avec la distance qui convient aux délaissées en reproche. Mais c’était pour le déménagement, comprends- moi.
Ta bouderie fut de courte durée. Au jardin tout avait poussé.
Surtout, une rose si rose, joyeuse et mouillée, bavarde comme une enfant de douze ans, un peu ébouriffée, venait taper au carreau du bureau.
Dans le garage, des capucines échappées du jardin d’à côté s’étaient infiltrées, envoyant leur persuasif clin d’oeil orange…
J’essaie d’écrire, mais mon regard est happé par le jardin : les oiseaux qui picorent les pommes trop hautes, l’araignée qui a su tisser sa toile entre deux buissons franchissant un espace immense dans un saut de cinéma, la grosse guêpe bourrue plongée dans un fruit, avide et ivre ; partout la profusion d’herbe, de trèfles et de rosée, la lumière.
Cette fois, je suis là et je reste près de toi, ne sois pas inquiète, tu vois, j’ai allumé le four.

Vincent Breton 17/08/2008

A la pointe de Mousterlin

A la pointe de Mousterlin,
Sur le dos des rochers luisants
Les grands cormorans sèchent leur ailes
Ploient, déploient, comme une cape lourde
Et devisent à l’écart des passants sur la plage
A la pointe de Mousterlin
De petits oiseaux étonnants, au bec fin, s’approchent sardoniques
Se laissent approcher un peu, puis s’éclipsent
Me renvoyant à ma méconnaissance du Monde
Tandis que les grands cormorans, à demi-mots, conversent
Et sèchent leurs ailes sur les rochers semés
Comme des dos d’hippopotames luisants dans l’océan ensoleillé

Vincent Breton – novembre 2008

je suis travailleur agricole

Je suis travailleur agricole
Herboriste de la parole
Spécialiste du monde horticole
Je cultive des paraboles
Des métaphores et des symboles

Mon jardin n’est guère aligné
Se garde des engrais chimiques
Mes verbes cèdent aux mauvaises herbes
Mes adjectifs parfois paniquent
Lorsque l’été vient tout sécher

Il y pousse des plantes étranges
Au gré du vent qui tout mélange
Rien ici n’est très rectiligne
Aucune fleur sauvage n’est indigne
Aucune pousse ne dérange

Les amoureux dans le gazon
Y perdent souvent la raison
Le cerisier en amitié
Leur fait aux lèvres ce goût fruité
Et pousse douce la passion

Le soir on y bavarde tard
Sous les branches du chêne tendre
On y entend le chant bizarre
D’oiseaux rares qui viennent s’éprendre
Jamais n’y pleure la guitare

Je suis travailleur des jardins
Les ronces dessinent sur mes mains
La terre parfois salit les doigts
Le résultat est incertain
On ne sait ce qui poussera

C’est un jardin loin du Monde
Où l’on oublie le guerres immondes
Animaux, plantes et les humains
Signent la paix avec leurs mains

En ce jardin la terre est ronde
Et si je suis cultivateur
Sans orgueil, ni faux, ni tracteur
A ma tête aucune auréole
Voici mes mots et ma parole
Chacun ici devient chanteur

Pourvu qu’il y mette son cœur !