Il y a bien longtemps que je n’avais pas chanté
Et que le piano blanc se sentait délaissé
J’ai vieilli bien assez, usé ma destinée
J’ai perdu tant de gens que j’ai si mal aimés

 

Il y eut des maisons, il y eut des voyages
Il y eut la raison, il y eut les présages
Il y eut des soleils, il y eut des orages
Et l’usure de mes mains, il me reste mon âge

 

Ô les chansons ! Les chansons !
Ce sont ruisseaux et rivières, descendons
Le fleuve vers la mer, voici l’horizon
Tout s’élargit dans le vent des chansons

 

Ô les chansons ! les chansons !
Qu’elles vous bercent ou vous consolent
Elles portent toujours la bonne parole
Elles font mémoire avec notre histoire
Elles boivent à l’enfance, elles boivent à l’espoir

 

Il y a bien longtemps que je n’avais pas chanté
Je m’étais éloigné renonçant à moi-même
Laissez-moi revenir sous l’aile du poème
Laissez-moi me blottir dans l’illusoire je t’aime

 

Ô ma jeunesse, ma jeunesse !
Faite d’herbe et de sel, si peu de tendresse
Cet enfant qui court dans le jardin
Sa main bien au chaud dans la gueule du chien

 

Il y a bien longtemps que je n’avais pas chanté
Pardonnez à ma voix si elle s’est éraillée
Sur le bol de faïence mes dents ont gelé
Voici mon enfance, je suis arrivé !

Vincent Breton - droits réservés