le défi du 6 au 12 août 2017

Cette semaine du 6 au 12 août 2017 était consacrée à un petit défi aux lois intimes de l’inspiration puisqu’il s’agissait de créer chaque jour une nouvelle chanson puis de la mettre en ligne. Vous trouverez donc ici dans son « jus » le texte de la chanson crée chaque jour et son enregistrement.

Bonne écoute ! (pour retrouver chaque chanson au fil de la semaine, dérouler l’ascenseur)

Dimanche 6 août 2017 : Pour chanter

Pour chanter, il faut faire silence
Silence dans la maison
Il faut trouver la cadence
Le bon balancement, le bon

Il faut encore de la patience
Trouver la voix, trouver le ton
Se souvenir de son enfance
Apprivoiser la chanson

Quelle vienne rumeur soudaine
Dans les vapeurs nues de la bouilloire
Ou surgisse souterraine
Des remugles sourds de la mémoire

La chanson fragile et humaine
Saigne au cœur de notre Histoire
Elle nous délivre de nos peines
Nous console dans le noir

Pour chanter, il faut faire silence
Silence dans la maison
Il faut trouver la cadence
Le bon balancement, le bon

Certains en font leur commerce
Et vendent des refrains sucrés
Ils endorment plus qu’ils ne bercent
Les cerveaux sont anesthésiés

Car pour vendre il faut compromettre
La jeunesse dit-on veut faire la fête
Pardon, mais monsieur le Poète
On dirait que vous faites la tête

Vous avez des mots compliqués
Aujourd’hui notre vocabulaire
Doit surtout être simplifié
Car nous vivons une nouvelle ère !

Pour chanter, il faut faire silence
Silence dans la maison
Il faut trouver la cadence
Le bon balancement, le bon

Ô la voix des femmes près du feu
Du soldat qui pense à sa compagne
Des travailleurs toujours plus besogneux
De tous ces condamnés au bagne

Pour chanter il faut avoir confiance
Accepter la part de maladresse
Nous lier dans la confidence
De la plus digne des tendresses
Et toujours laisser aller sa chance
Jusqu’à la voûte céleste !
Et toujours laisser aller sa chance
Jusqu’à la voûte céleste !
Céleste

(Vincent Breton )

 

 

 

 

Lundi 7 août 2017 : la langue française

C’est l’accent circonflexe qu’on a effacé
L’infinitif trahi en participe passé
C’est le conditionnel qui se met au futur
Un d’avantage que l’on dénature

Un transitif direct assorti d’un a
Ou bien la double lettre que l’on passera
L’accord de l’adjectif qui s’est pris une gifle
Et la lettre muette que l’on biffe

Parler français c’est compliqué
L’écrire une aventure austère
Le lexique est alambiqué
Et la syntaxe singulière
Si on s’trompe c’est pire que fauter
En rouge la faute entourée
Nous fait honte de mille manières !

Instituteur, institutrice
Correcteur de la Presse hier
Académicien en pelisse
Savant lettré tous font la guerre
Nous défendons la langue française
Souvent ramenant notre fraise
Si votre orthographe est mauvaise
C’est encore pire qu’une aphérèse !

Enfants perdus du subjonctif
Adultes oublieux d’adjectif
Journalistes traîtres abusifs
Professeurs approximatifs

Langue si belle et si vivante
Souvent perverse et confondante
Mais langue trahie qu’on oublie
Comme un trésor évanoui
Puisse-t-on sans rigueur excessive
Te sauver de cette dérive
Toi qui souvent nous délivre !

 

 

 

 

mardi 8 août 2017 : L’été

J’ai toujours craint l’été, la saison impudique
L’enfance écartelée entre ces deux familles
Les copains qui partaient vers des rives exotiques
Mon ennui qui chantait ses stances névrotiques
Et déjà mon regard se détournait des filles

Été
Morne saison caniculaire
Où les adultes dormaient
Dans des grasses matinées
Des siestes tentaculaires

Seul le matin m’offrait un peu de ma grand-mère
Au jardin le jet d’eau tombait brume légère
Alors je bavardais, sûrement à l’étourdir
Comme font les moineaux juste avant de s’enfuir

Mais dès leur réveil, les adultes faits d’halitose
Dans leurs tenues obscènes, trop de vert, trop de roses
Trainaient dans la maison toute leur vacuité
Depuis les vieux fauteuils jusqu’au grand canapé

Été
Les tablées détestables
Où il fallait attendre
Dans l’ambiance surchauffée
Des plats gras et sucrés

Et puis ces promenades toujours interminables
Pour aller admirer de pieux panoramas
Et l’on allait se perdre encor bien lamentables
Devant des paysages qui ne nous parlaient pas

Il fallait se sauver dans une chambre et les livres
Eux seuls savaient donner quelques raisons de vivre
Les romans qui chantaient lorsque j’étais à l’ombre
Et que je me cachais craignant toujours le nombre

Ah ! comme j’ai détesté ces saisons de rupture
Comme j’aurais voulu un parfum d’aventure
Et qu’un amoureux vif m’entraîne à la rivière
Pour y nager limpides et nus dans la lumière

Et je déteste si vieux la saison imbécile
Où il faut se réjouir, surtout rester futile
Ces gens qui s’agglutinent, touristes de l’ennui
Incapables d’oser demain changer de vie

Et qui retourneront bien dociles en septembre
À leur quotidien morne de dociles scolopendres
Qui ne veulent rien comprendre

 

 

 

 

mercredi 9 août 2017 : Vieillir

Il est des matins de lits défaits, d’herbe mouillée
Où la tête pleine de rêves encor, ensommeillée
Tu vas à la fenêtre, tu contemples la mer
Tu hésites, entre rêves et souvenirs tu te perds

Tu as vieilli, un très long fil s’est déroulé
Tu n’oses plus compter les années, le temps passé
Tu contemples la bibliothèque aux livres entassés
Tu trouves que tu es sec comme un insecte en été

Tes amis sont au loin et les liens distendus
Avec le temps tu sais que tu ne les reverras plus
Tu vis si loin, tu ne connais plus ta famille
Ces enfants qui sont nés petits garçons ou filles

Tu vis près de la mer un amour à tes côtés
Une chatte familière, un chien et l’amitié
De quelques visages doux qui te connaissent à peine
Sur le froid de la vitre tu souffles ton haleine

Il te reste devant peut-être quelques années
Quelques livres à lire et des pages à ranger
Tu te demandes s’il faut poursuivre ou t’effacer
Te retirer doucement sur la pointe des pieds

Tu voudrais un café, la bouilloire est muette
Ton enfance est si loin, la vieillesse te guette
Tu ne supporterais pas de trop dépérir
Tu voudrais choisir le moment de partir

Tu voudrais de la force, une solide mémoire
Et ne jamais trembler et encore y croire
Ton bilan est léger, ta vie sera sans gloire
Mais tu n’auras manqué ni de manger ou boire

Tu pourrais disparaître sans manquer au monde
Tu es à ta fenêtre, la terre est toujours ronde
Ta vie n’est que cette poignée de secondes
As-tu vécu, tu as rêvé, vogue sur l’onde

Il est des matins de lits défaits, d’herbe mouillée
Où la tête pleine de rêves encor, ensommeillée
Tu vas à la fenêtre, tu contemples la mer
Tu hésites, entre rêves et souvenirs tu te perds
Mais malgré toi, tu espères
Et la tasse de café légèrement amer
Te consoles, oui, aujourd’hui, on ira voir la mer…

 

 

Jeudi 10 août 2017 : Jeudi 

 

Autrefois le jeudi était jour de liberté
Et j’allais au jardin jouer dans l’herbe haute
Nous allions acheter, la bande dessinée
Que je dévorais entièrement sans faute

La cuisine sentait bon la tarte à la rhubarbe
La radio ironique faisait sa mascarade
Tu mettais sur mes frites un brin de moutarde
Je mangeais un peu vite, faut pas que j’me retarde

J’allais à l’atelier des leçons de peinture
Je traversais le pont qui franchissait le fleuve
Je peignais en couleur des mondes d’aventure
Des adultes sculptaient dedans la terre meuble

Rentré à la maison pour une récitation
Que j’apprenais bien vite gloire à Monsieur Fombeure
François me rejoignait dans le jardin au fond
Et dans notre cabane nous jouions quelques heures

Parfois la jeune Sylvie venait nous rejoindre
Nous les deux garçons complices inventions
Des histoires et des mots, de fausses insultes pour feindre
Que nous nous fâchions, que nous nous disputions

La fillette naïve dans sa jupe plissée
Nous regardait craintive, quand nous osions pisser
Debout , droit côte à côte, elle tournait le visage
Nous étions des pirates, joyeux dans notre âge

La chienne dans mes jambes, il fait si froid je tremble
C’est l’heure de rentrer dans la chaude maison tendre
Je buvais à plus soif ma douce liberté
Puis plongeais dans mon lit aux rêves parfumés

Cette enfance était loin de toute grande personne
Elle chantait toute seule, fleurissait d’amitiés
Et lorsque j’y pense, toujours mon cœur résonne
De ces heures heureuses et puis les framboisiers
Et les pivoines aussi et les grands cerisiers
Je n’aurais pas fini de tout vous raconter
L’insouciance et la joie
Pure oui en vérité
Parents laissez jouer
Votre enfant librement
Sans rien lui demander…
Et mon jeudi sera sauvé !

vendredi 11 août 2017 : rien – un texte de peu d’intérêt, aucune mélodie trouvée… défi perdu

samedi 12 août 2017 : Chanter ?

Murmurer, fredonner, chantonner,
Siffloter, gringotter, roucouler, solfier
Psalmodier, célébrer, entonner, glorifier
Machicoter, goualer, cacarder ; brailler

Dans la chambre ou le jardin
À l’établi, ou dans mon bain
Dans la rue, ou au festin
J’ai toujours vocalisé

Mais j’aurais dû me taire
Me taire

Mais je ne sais rien d’autre faire
Que chanter

Barytonner, bourdonner, braire, débiter
Bramer, ramager, gueuler, dégoiser
Jamais, on aurait dû me laisser faire
Tant et tant en ont souffert

Je suis le barde insupportable
Le poète aux jérémiades
Versificateur qui déclame
Toujours tout feu tout flamme !

J’ai tant et tant chanté
Que mes ailes sont usées
La fourmi m’a bien raillé
Et j’avance débraillé
A force d’avoir braillé

Quand saurais-je me taire
A l’heure du cimetière
Dans mon cercueil tout clouté
Entre mes quatre planches
Nu dans le bois vermoulu
Je saurais les faire grincer
Jusqu’à bien vous effrayer !

Et si tu me coupes la langue
Si la foule en furie te harangue
Je saurai taper du pied
Jusqu’à l’éternité